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Nouvelles recommandations en activité physique pour les personnes atteintes de cancer

Nouvelles recommandations en matière d’activité physique pour les personnes atteintes de cancer

Attendues avec impatience, voici les nouvelles lignes directrices pour faciliter le travail des professionnels de la santé avec les patients atteints de cancer.

Par Myriam Fillion, Kinésiologue M. Sc.

 

Tout chaud sorties du four, les plus récentes recommandations en matière d’activité physique pour les personnes atteintes de cancer ont été publiées le 16 octobre dernier par l’American College of Sport Medicine (ACSM). La dernière mise à jour datant de 2010, ces nouvelles lignes directrices étaient attendues avec impatience. Afin d’en faciliter l’application pour les professionnels de la santé, voici une synthèse de ce que recommande le panel composé de 17 experts en oncologie et en activité physique.

 

Introduction

D’entrée de jeu, il faut savoir que les traitements contre le cancer s’améliorent constamment, faisant en sorte que le taux de mortalité a diminué de 27 % dans la dernière décennie. Avec un tel progrès du pronostic, s’attarder à des problèmes de santé engendrés par la maladie, son traitement et les comorbidités connexes devient une nouvelle priorité.

Les traitements anticancers ont souvent des effets nocifs tels que la fatigue, les difficultés cognitives, la dépression, les nausées, etc. D’ailleurs, les symptômes de fatigue peuvent persister chez 25 % des survivants du cancer, et ce, plusieurs années après la fin des traitements actifs. L’activité physique semble un moyen efficace pour contrer les effets secondaires liés aux traitements, mais les preuves restent à faire pour confirmer ses bénéfices et encadrer sa pratique.

 

Retour sur les lignes directrices de l’ACSM publiées en 2010

En 2010, l’ACSM a publié les premières lignes directrices encadrant la pratique de l‘exercice pour les survivants du cancer. L’analyse de diverses études avait permis d’en venir à la conclusion que l’activité physique était bénéfique sur plusieurs aspects. Généralement sécuritaire, en plus d’être bien toléré pendant et après les traitements, il a été prouvé que l’exercice avait un impact positif sur la qualité de vie des sujets. Celle-ci améliorerait non seulement la condition et les fonctions physiques, les capacités cardiorespiratoires, la composition corporelle, la force ainsi que l’endurance musculaires, mais elle diminuerait également la fatigue liée au cancer.

À ce moment, il était encore difficile de prescrire clairement des exercices spécifiques en fonction du type de cancer ou de traitement reçu puisque peu d’études rigoureuses fournissaient des données probantes. Portant principalement sur des patients atteints du cancer de la prostate et du sein, les recommandations qui en résultaient suggéraient de pratiquer un minimum de 150 minutes d’activité physique par semaine.

 

Nouvelles recommandations 2019
La recherche concernant les bénéfices de l’activité physique sur les patients atteints de cancer s’est grandement accentuée au cours des dernières années. Le nombre d’essais cliniques randomisés a connu une augmentation de 281 %. Toutes ces données ont permis à l’ACSM de mettre à jour les recommandations afin de permettre d’adresser des prescriptions d’exercices plus spécifiques. Une attention particulière a été portée sur les considérations spéciales et  les précautions sécuritaires propres aux personnes ayant eu un diagnostic de cancer. Par exemple, pour des femmes atteintes d’un cancer du sein et qui présentent un lymphoedème, l’entraînement en musculation est indiqué en autant que le principe « débuter léger, progresser lentement » soit appliqué (voir en annexe pour le détail des prescriptions pour chacun des symptômes/effets secondaires). Ces lignes directrices ont pour but de mieux guider les interventions en activité physique des professionnels de la santé qui encadrent les personnes ayant eu un diagnostic de cancer.

Les symptômes les plus courants et les différents modes d’entraînement (aérobique, musculaire ou aérobique + musculaire) ont été identifiés par les experts. L’activité physique génère des bénéfices thérapeutiques sur :
• L’anxiété
• La santé des os
• La cardiotoxicité
• La neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie
• Les fonctions cognitives
• Les symptômes dépressifs
• Les chutes
• La fatigue
• La qualité de vie liée à la santé
• Le lymphœdème
• Les nausées
• La douleur
• Les fonctions physiques
• Les fonctions sexuelles
• Le sommeil
• La tolérance au traitement

L’effet de l’exercice sur les symptômes énumérés ci-dessus a été jugé significatif lorsque les chercheurs avaient relevé plus de 5 études avec des populations de plus de 150 sujets. De plus, les études devaient permettre d’élaborer des prescriptions d’exercices basées sur la Fréquence, l’Intensité, le Type et le Temps (FITT).

Les études ont permis de confirmer et de valider que l’activité physique améliore l’anxiété, les symptômes dépressifs, la fatigue, la qualité de vie reliée à la santé, le lymphœdème pour le cancer du sein et les fonctions physiques. Bien qu’elle soit générale, la prescription d’exercices a été élaborée pour chacun de ces symptômes, et ce, adaptée pour tous les types de cancer. Pour certains d’entre eux, il existe une prescription spécifique. Pour les autres symptômes, bien que certaines études laissent croire que l’exercice est bénéfique, il y a un manque de données pour émettre des prescriptions d’exercices valides.

 

Tableau 1. Résumé des recommandations spécifiques pour chaque symptômes/effets secondaires.

Symptômes/Effets secondaires Type Intensité Temps Dose-réponse Entraînement supervisé
Anxiété A)Aérobie

B)Aérobie + résistance

Moyenne A) 3x/sem (12 sem)

B) 2x/sem (6-12 sem)

Manque de données Oui
Symptômes dépressifs A) Aérobie

B) Aérobie + résistance

Moyenne A) 3x/sem (12 sem)

B) 2x/sem

(6-12 sem)

Oui 180 min/sem plus d’effet que 90 min/sem Oui
Fatigue A) Aérobie

B) Aérobie + résistance

C) Résistance

Moyenne (faible = inefficace) A) 3x/sem (12 sem)

B) 2x/sem

C)2x/sem

Incertain Sessions > 30 min, >12 sem ont plus d’effet Non
Qualité de vie reliée à la santé A) Aérobie + résistance Moyenne A) 3x/sem (12 sem) N/D Oui
Lymphoedème (cancer du sein) A) Résistance
(Aérobie,
semble
sécuritaire,
mais manque
de données)
Débuter doucement, progresser lentement.
Prescription pour faire de l’activité de façon sécuritaire sans causer de dommage.
Oui
(Manque de
données pour
entr. non
supervisé)
Fonctions
physiques
A) Aérobie
B) Résistance
C) Aérobie + résistance
Moyenne 3x/sem (8-
12 sem)
Oui
(non supervisé,
efficace pour personnes plus âgées)

 

Les limites des recommandations
Comme il y a encore aujourd’hui peu d’études exhaustives sur l’impact de l’activité physique sur la santé des personnes atteintes de cancer, plusieurs éléments restent à préciser. Par exemple, il n’y a pas d’études pour chaque type de cancer et les patients avec des cancers de stades avancés sont, dans la majorité du temps, exclus. Aussi, les caractéristiques initiales des patients diffèrent entre chacun d’eux et la prescription FITT doit être ajustée et personnalisée.

Avec le manque de données précises, les professionnels de l’activité physique et les kinésiologues doivent être vigilants en ce qui concerne les signes précoces d’une faible tolérance à l’entraînement. Chaque type de cancer et de traitement en oncologie apporte son lot de limitations et de recommandations spécifiques. Plusieurs facteurs influencent la réponse et la tolérance à l‘exercice. En voici quelques-uns :
• Les effets des traitements sur les systèmes physiologiques (ex. : anémie, neutropénie)
• Les effets secondaires des traitements et symptômes de la maladie (ex. : la fatigue peut diminuer la tolérance)
• Les facteurs démographiques (ex. : âge, éducation).
• La tolérance à l’exercice peut fluctuer d’un jour à l’autre ou d’une semaine à l’autre pendant les traitements actifs.

Les doses d’exercices doivent être ajustées en conséquence, même si parfois elles sont inférieures au volume d’entraînement recommandé. Les bienfaits de l’activité physique doivent être optimisés, tout en minimisant les risques d’aggraver l’état du patient.

 

Qu’en est-il du yoga ?
Le yoga a des bénéfices qui ont été démontrés sur la qualité de vie et la fatigue des personnes atteintes de cancer du sein, pendant et après les traitements. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer le potentiel observé pour améliorer le sommeil, les symptômes liés à la dépression, l’anxiété et les changements cognitifs liés au cancer.

Cependant, les types de yoga sont très variés. Certaines pratiques mettent l’emphase sur la respiration ou la méditation et d’autres sont très physiques, ce qui rend difficile l’élaboration d’une prescription uniforme et définitive.

 

La prise en charge par les professionnels de l’activité physique
Pour bien accompagner les personnes atteintes de cancer suite aux traitements, les professionnels de l’activité physique devraient :
• Être familiers avec les standards de traitements en oncologies et les effets secondaires, qui influencent la tolérance à l’exercice.
• Travailler en collaboration avec l’équipe médicale en oncologie, car les approches thérapeutiques changent et la compréhension des effets secondaires des nouveaux traitements évolue.
• Prendre en compte l’état de santé et la capacité fonctionnelle de l’individu avant le diagnostic afin de mieux comprendre l’impact du traitement sur la tolérance à l’effort.
• Être conscients et respectueux du fait que les personnes atteintes d’un cancer ont souvent de nombreuses préoccupations comme l’espérance de vie, les problèmes d’emploi et les questions familiales, qui peuvent limiter la priorité accordée à l’exercice dans leur vie.

Dans le prochain blogue, nous discuterons :
• Des considérations avant d’entreprendre un programme d’entraînement
• Prescription d’activité physique pour chaque symptôme/effet secondaire

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