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Le retour à la course en période postnatale : quoi évaluer ?

Le retour à la course en période postnatale : quoi évaluer ?

Il n'existe encore aucune ligne directrice à ce sujet, mais quelques mesures objectives peuvent être incorporées dans notre évaluation.

Par Marisabelle Plante, M. pht., Microprogramme en RPP et Julie Côté-Lapierre, M. pht, Microprogramme en RPP

À notre connaissance, il n’existe pas actuellement de ligne directrice pour standardiser la pratique des cliniciens qui accompagnent les femmes souhaitant reprendre la course à pied en période postnatale. La littérature étant présentement limitée à ce sujet, les cliniciens se basent sur la meilleure évidence disponible possible ainsi que leur raisonnement et expérience clinique, tout en adaptant leur plan de traitement aux objectifs et particularités de leurs patientes.

Un ouvrage, publié en mars 2019 par 3 physiothérapeutes spécialisés en course à pied et en santé pelvienne, regroupe quelques mesures objectives à inclure dans notre évaluation de la femme qui souhaite reprendre la course après une grossesse. Il est à noter que ces tests doivent être utilisés et interprétés par un professionnel de la santé possédant les connaissances et l’expérience nécessaires pour en faire une interprétation adéquate.

La fonction musculaire du plancher pelvien

D’abord, toutes les femmes en période postnatale devraient avoir la possibilité d’avoir accès à une évaluation périnéale. Le consensus issu de cet ouvrage est de recommander une cote minimale de 3/5 (selon l’échelle d’Oxford modifiée) à l’évaluation manuelle des muscles du plancher pelvien par voie vaginale et/ou ano-rectale avant la reprise de la course. Lors de notre examen périnéal, nous évaluons initialement la musculature du plancher pelvien en position décubitus dorsal afin d’évaluer la capacité de contraction et de relâchement de la musculature, sans l’impact de la gravité. Toutefois, avant le retour à la course à pied, il sera essentiel d’évaluer la musculature dans une position davantage fonctionnelle, comme la position debout. L’évaluation de la musculature périnéale dans cette position nous donnera ainsi de meilleures informations sur la fonction du plancher pelvien et sur le soutien des organes internes contre gravité. Selon l’ouvrage, en position debout, la musculature devrait démontrer l’endurance minimale suivante : 10 contractions rapides, 8 à 12 contractions maximales, d’une durée de 6 à 8 secondes chacune, et une contraction sous-maximale (30-50%) d’une durée de 60 secondes.

Nous souhaitons rappeler ici que ces données ne sont pas encore supportées par la littérature, qu’elles doivent donc être nuancées, et que ces cotes de force et d’endurance musculaire ne constituent pas une recommandation absolue. Puisque les muscles du plancher pelvien sont sollicités durant la course à pied, il nous apparaît tout de même logique de viser une fonction musculaire optimale avant d’envisager la reprise de la course à pied, ou du moins de recommander un programme d’exercices de renforcement lors de la mise en évidence d’une faiblesse musculaire. Nous souhaitons également renforcer le point que la force musculaire n’est pas la seule variable à considérer, mais que notre analyse doit reposer sur l’évaluation subjective, l’ensemble des autres mesures objectives et doit prendre en considération les multiples facteurs propres à l’individu.

En plus d’évaluer la musculature périnéale dans une position fonctionnelle, il sera pertinent de l’entraîner dans cette position! En fin de suivi, les exercices de renforcement périnéaux pourront être enseignés en position debout ou même dans des impacts contrôlés. Nous entraînons ainsi la musculature périnéale à répondre à une demande spécifique (Wiebe).

Le risque de prolapsus

Avant le retour à un sport d’impact tel que la course à pied, il est pertinent, en tant que physiothérapeutes périnéales, d’évaluer la présence et le degré, si applicable, des prolapsus. L’évaluation de ceux-ci en position décubitus dorsal nous donnera initialement une bonne interprétation du niveau de support des organes internes, à la fois au repos et à la poussée dite « valsalva ». Cette même évaluation sera éventuellement faite en position debout, afin d’obtenir de meilleures données du support interne face à un retour à l’impact.

Dans l’article Khunda et al., il est conseillé d’évaluer le risque de développer un prolapsus (ou descente d’organe), en considérant qu’une longueur de ≥ 7 cm des composantes GH+PB au test POP-Q (effort de poussée maximale) serait prédicteur d’une perte de support apical.

Le port du pessaire à la course pourrait être suggéré afin de supporter les fascias et ainsi prévenir la régression du degré de sévérité du prolapsus. Sinon, le retour fractionné à la course serait envisageable si aucun symptôme de pression ou de lourdeur vaginale n’est mis en évidence lors des tests d’impact.

La charge et l’impact

Puisque la course est considérée comme un sport avec impact, il est sensé d’inclure l’observation de la réponse à la charge et à l’impact dans notre évaluation. Les tests décrits dans l’article en question sont les suivants :

– la marche (30 minutes)

– l’équilibre unipodal (10 secondes)

– le squat unipodal (10 répétitions de chaque côté)

– la course sur place (1 minute)

– le saut avant (10 répétitions)

– le saut unipodal (10 répétitions de chaque côté)

– l’équilibre unipodal au «running man» (flexion/extension de hanche avec genou fléchi et bras opposé, 10 répétitions de chaque côté)

Ces épreuves devraient être réalisées sans symptôme d’incontinence, de lourdeur périnéale ou de douleur. Si ces symptômes sont mis en évidence, cela pourrait indiquer que la musculature périnéale nécessite un renforcement supplémentaire. Si toutefois un plateau dans la récupération de la musculature a été atteint, il serait intéressant de refaire ces tests avec un pessaire standard ou un pessaire d’incontinence. Si les symptômes sont corrigés, le port de ce dispositif pourrait être envisagé pour accompagner le retour aux activités. L’analyse vidéo peut être intéressante à inclure lors de ces tests, afin de mettre en évidence des signes d’instabilité lombo-pelvienne ou la perte de compétence abdominale, ainsi que pour objectiver les progrès d’une session à l’autre.

De plus, il a été démontré que, pour une même activité, la façon dont on réalise cette activité (notre technique de course, par exemple) pourra influencer le niveau de pression intra-abdominale. Ainsi, en cas de symptômes, il sera pertinent d’envisager non seulement le renforcement de la musculature, mais également l’analyse et la modification de la technique. (O’Dell et al., 2007)

 

Les groupes musculaires clés en course à pied

Enfin, les auteurs suggèrent de tester quelques groupes musculaires clés comme les abducteurs, les adducteurs, les fléchisseurs, les extenseurs et les rotateurs de hanche, par un bilan musculaire isométrique manuel ou avec dynamomètre.  Les tests suivants pourraient aussi être effectués afin d’identifier les faiblesses musculaires, en visant 20 répétitions de chaque mouvement avant fatigue :

            – flexion plantaire en appui unipodal

            – pont en appui unipodal («single leg bridge»)

            – «sit-to-stand» unipodal

            – abduction de la hanche en décubitus latéral

Le résultat de ces tests ne devrait pas être interprété comme une barrière à la reprise de la course, mais plutôt utilisé pour orienter la prescription d’exercices.

En tant que physiothérapeutes périnéales, nous promouvons quotidiennement l’importance de s’attarder à l’évaluation de la musculature périnéale chez la femme qui souhaite reprendre ou débuter la course à pied en période postnatale. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de FEMINA, soit d’améliorer la connaissance de la nouvelle maman face à cette région anatomique, et également son réflexe de consulter en rééducation périnéale en post-partum.

Les recommandations dans cet article sont issues d’un consensus d’experts cliniciens, il faut donc rester prudent dans l’interprétation de ces données et garder en tête qu’il n’existe malheureusement pas de recettes applicables à toutes nos patientes!

Notre évaluation devrait toujours prendre en considération nos connaissances et dernières données probantes, mais également l’analyse de notre patiente dans son ensemble! N’oublions pas la belle complexité du corps humain!

Références :

 

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