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Le modèle BPS+ : La personne dans son entièreté

Il est important de considérer les cinq facettes de l'individu. C'est d'ailleurs sur quoi est basé le modèle BPS+.

PAR EMMANUELLE RIVEST GADBOIS

 

Quand le professionnel de la santé rencontre son patient pour la première fois, il se doit de bien évaluer sa condition. Il doit écouter son patient afin de déduire, selon les questions et les tests qu’il administre, son impression clinique. En médecine et dans les domaines paramédicaux, le modèle prédominant pour cette façon de diagnostiquer ou d’évaluer les pathologies est, depuis le milieu du 19e siècle, le modèle biomédical. 

Ce modèle est principalement centré sur la maladie. Il investigue une cause primaire, de nature anatomique ou biomédicale à la pathologie. Dans ce type de modèle, le patient est souvent passif, il « subit » des tests, des interventions que son professionnel de la santé juge nécessaire à sa récupération. Ce modèle sauve des vies à tous les jours. Il est primordial en médecine curative car c’est comme cela que l’on peut traiter une crise cardiaque, un cancer, un virus etc. Mais qu’en est-il lorsque la douleur persiste ou si l’on ne trouve pas de cause apparente anatomique ou biomédicale pour expliquer la nature de la pathologie? Qu’en est-il de la prévention des maladies? Ce modèle devient moins adapté à ces situations.

En 1977, Engel, un médecin psychiatre, évoque la nécessité d’élargir le modèle biomédical pour y intégrer les facteurs psychologiques et sociaux en plus des facteurs biologiques déjà existant dans le modèle biomédical. Il souligne la nécessité de maintenir le modèle biomédical puisqu’il demeure essentiel en médecine, mais il remarque que ce modèle n’est pas suffisant. C’est la naissance du modèle biopsychosocial (BPS). En 2002, l’organisme mondial de la santé (OMS) reconnaît également la nécessité d’évaluer la condition de santé en tenant compte de facteurs personnels, environnementaux et sociaux de l’individu.

De plus en plus, nous avons la nécessité d’humaniser les soins et de mettre le patient au centre de nos interventions. On se doit de reconnaître le patient comme une personne entière ayant de nombreuses facettes. De cette façon, on peut mettre l’accent sur la santé, la prévention et la réadaptation active de la personne au complet, et non seulement sur sa maladie ou sa pathologie.

Évaluer les diverses facettes de l’individu, c’est ce que le modèle yogique fait depuis très longtemps. En effet, nous retrouvons dans les premiers textes des Taittiriya-Upanishad (textes philosophiques védiques datés du 6e siècle AEC) une distinction de cinq Kosha ou enveloppes à l’individu.  Peut-être devrions-nous, comme professionnels de la santé, nous inspirer de ces textes et des ces traditions pour améliorer nos soins et nos interventions? 

Le modèle BPS + que je souligne aujourd’hui fait exactement cela. En effet, inspiré du modèle koshique des Upanishad4, du BPSS (biopsychosocialspirituel) ou modèle panca maya kosha3 et du pentagone de bien-être5, le BPS+ intègre les cinq facettes de l’individu dans l’évaluation du patient ou plutôt de la personne qui consulte le professionnel de la santé.

Explorons donc ces cinq facettes et comment elles peuvent guider nos interventions en soins de santé. Dans la tradition yogique, on les dénomme comme étant des couches ou enveloppes (Kosha) de l’individu, un peu comme une poupée russe de l’individu. Ils parlent alors des : anna, prâna, mano, vijnâna, et ananda kosha. Le BPS + est donc composé de ces cinq couches : l’enveloppe physique (anna), l’enveloppe énergétique (prâna), l’enveloppe mentale ou psycho-émotive (Mano), l’enveloppe intellectuelle (Vijnâna) et finalement l’enveloppe spirituelle ou absolue (ananda). Mais comment cela se traduit dans notre quotidien? Dans nos interventions avec nos patients?

Voici une description de chaque enveloppe et comment elles peuvent être intégrées en soins de santé. Évidemment, la personne est un tout et ses enveloppes s’entremêlent une dans l’autre. Il est donc possible que certaines questions ou considérations puissent se retrouver dans une ou l’autre des enveloppes ou des couches. L’idée est de regarder toutes ces facettes comme un tout, une entité.

Adresser toutes ces facettes devient de plus en plus important, voire même criant, dans le domaine de la santé avec les maladies chroniques, le vieillissement de la population et les niveaux de stress élevés. Le modèle biomédical demeure essentiel surtout en traitement curatif, mais le modèle BPS + offre une perspective globale de la personne. Il faut donc adapter notre pratique en s’habituant à poser les questions plus difficiles et ne pas avoir peur de référer aux divers professionnels pouvant aider la personne. Il faut offrir les outils pour aider l’individu à mieux gérer sa douleur, prévenir les conditions chroniques et maintenir une santé optimale entière, complète dans toutes les facettes de sa personne. 

  1. Engel GL. The need for a new medical model: a challenge for biomedicine. Science 1977; 196: 129–36.
  2. International Classification of Functionning, Disability and Health (ICF) – World Health Organization (2002): https://www.who.int/classifications/icf/icfbeginnersguide.pdf
  3. Taylor, M.J. (2018) Yoga Therapy as a Creative Response to Pain. London and Philadelphia: Singing Dragon
  4. Easwaran, E. (2007) The Upanishads. Nilgiri Press 2nd edition 
  5. Garner, G. (2016) Medical Therapeutic Yoga. United Kingdom: Handspring Publishing.

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