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La musique comme produit ergogénique

La musique comme produit ergogénique

La stimulation auditive est traitée par le cerveau, mais quelle est la réponse hormonale et nerveuse réellement engendrée par la musique lors de l’entraînement ou de contexte sportif?

Par Pierre-Luc Dubé

 

Il existe de nombreux types d’aide ergogénique sur le marché (supplément, matériel, etc.) Tous ces produits ont pour but de faciliter et favoriser la performance des utilisateurs. La musique semble aussi être un moyen utilisé afin d’influencer les capacités physiques d’un individu. L’utilisation de la musique à des fins de performance semble de plus en plus répandue dans le monde de l’entraînement. Parmi la clientèle côtoyant les centres d’entraînement jusqu’aux athlètes de haut niveau, il est maintenant plus rare de voir une personne sans écouteur que l’inverse. La stimulation auditive est traitée par le cerveau, mais quelle est la réponse hormonale et nerveuse réellement engendrée par la musique lors de l’entraînement ou de contexte sportif?

La musique douce ou lente comme le classique pourrait réduire certains paramètres tels que la fréquence cardiaque et la pression systolique. Ce type de musique influencerait le relâchement de neurotransmetteurs, comme la dopamine, par une augmentation de la concentration du calcium au niveau du sérum sanguin. La dopamine, ayant un effet calmant, réduit la pression systolique. Le niveau de lactate sanguin pourrait lui aussi être réduit avec la musique. Ce dernier phénomène pourrait être expliqué par la réduction du débit cardiaque et, par le fait même, par la demande métabolique soumise au corps. Dans le même ordre d’idées, le fait d’être détendu pourrait réduire les tensions des muscles en action, facilitant le passage du sang à l’intérieur des tissus musculaires. Ainsi, le lactate pourrait être plus facilement recyclé et un déficit moins important en oxygène limiterait sa production.  Pour la pratique d’un sport d’endurance ou de longue durée, ces différents paramètres sont importants à gérer lorsqu’on désire performer et maintenir une intensité cible.

De plus, une musique plus entraînante ou rapide comme le techno aurait un effet inverse. Une augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression systolique fut observée dans une étude de Gerraa et al. (1998). Une augmentation significative du cortisol, des endorphines, des hormones adrénocorticotrophines, de la norépinéphrine et de l’hormone de croissance a été enregistrée suite à l’écoute de la musique et corrélée à la hausse des paramètres vitaux. La plupart des hormones précédemment nommées sont considérées comme des activateurs du système physiologique. Ainsi, la mise en circulation des différents éléments nécessaires à la production d’énergie via le relâchement préalable des hormones pourrait se faire grâce au pseudo-stress que semble créer la musique. Les sports nécessitant des qualités de force et de puissance pourraient être avantagés par ce type de musique, favorisant un niveau d’éveil plus important et une disponibilité plus rapide des éléments nécessaires à la production d’énergie.

Néanmoins, tous ces changements sont sous la modulation de l’état émotionnel et mental propres à chacun des individus. Alors, la variabilité interindividuelle pourrait faire varier la réponse hormonale et physique pour l’écoute d’une même chanson. Par exemple, certaines études ont observé qu’il était possible d’augmenter la charge de travail sans toutefois avoir un effet sur le système nerveux autonome tel que la fréquence cardiaque. Cette dernière affirmation exprime bien le principe sous lequel personne ne réagit de la même façon au stimulus auditif.

Il faut faire attention à l’effet engendré par la musique, surtout dans le cas où l’utilisation de la musique sert d’activateur. Le fait de se servir d’une source externe afin d’activer notre système peut camoufler notre niveau de fatigue et nos capacités physiques réelles. Pour les mêmes raisons que les substances stimulantes, il est préférable d’essayer de comprendre la source de la fatigue (travail, sommeil, entraînements, etc.) que de contourner le problème. Ainsi, il est possible de minimiser les risques de blessures et de maximiser l’entraînement. Bref, il semble réellement exister un potentiel d’amélioration des performances avec l’écoute de la musique. Comme tout produit ergogénique, son efficacité est possible, tout d’abord grâce à une planification adaptée d’entraînements mais aussi avec de saines habitudes de vie.

Références

  1. Sutoo D. &Akiyama K. Music improves dopaminergic neurotransmission: demonstration based on the effect of music on blood pressure regulation. Brain Research 2014; 1016(2) : 255-62.
  2. Szmedra L. & Bacharach D.W. Effect of Music on Perceived Exertion, Plasma Lactate, Norepinephrine and Cardiovascular Hemodynamics during Treadmill Running International Journal of Sports Medicine 1998; 19(1) : 32-7.
  3. Gerraa G., Zaimovica A., Franchinia D., Palladinoa M., Giucastroa G., Realib N., Maestric D., Caccavaria R., Delsignored R., Brambillae F., Neuroendocrine responses of healthy volunteers to  »techno-music »: relationships with personality traits and emotional state. International Journal of Psychophysiology 1998; 28(1) : 99-111.
  4. Szabo, A., Small A., Leigh M. The effects of slow- and fast-rhythm classical music on progressive cycling to voluntary physical exhaustion. Journal of Sports Medicine and Physical Fitness 1999. 39(3) : 220-225.
  5. Yamashita S., Iwai K., Akimoto T., Sugawara J., Kono I. Effects of music during exercise on RPE, heart rate and the autonomic nervous system. Journal of Sports Medicine and Physical Fitness 2006 ; 46(3) : 425-30.

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