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La course à pied et l’arthrose du genou – N’ayez pas peur !

La course à pied et l’arthrose du genou – N’ayez pas peur !

Pendant longtemps, on nous a dit que nous devrions craindre les activités à impact élevé, comme la course à pied, mais notre compréhension de l'arthrose du genou a considérablement évolué au fil des ans...

Écrit par Anthony Teoli, M. Sc., pht.

 

Cet article de blogue a été inspiré par une présentation lors d’une conférence sur la prise en charge de l’arthrose à laquelle j’ai assisté. Cette présentation était donnée par un physiothérapeute expérimenté, à un public assez large de patients et de professionnels de la santé. L’orateur a décrit l’arthrose du genou comme une maladie dégénérative caractéristique de « l’usure ». En parlant de l’importance de l’exercice dans la gestion de l’arthrose du genou, l’orateur a déclaré que la course à pied et d’autres exercices et activités à impact élevé n’étaient pas appropriés et devaient être évités à tout prix. Ces activités seraient « dangereuses » en raison de leur potentiel à « créer plus de dommages » au genou et, par conséquent, aggraver son état. Par la suite, l’orateur a indiqué que tous les exercices chez les patients atteints d’arthrose du genou devaient être indolores, car cela était essentiel pour ne pas « créer plus de dommages » ou « aggraver l’arthrose du genou ».

La course à pied provoque-t-elle l’arthrose du genou?

Pendant longtemps, on nous a dit que nous devrions craindre les activités à impact élevé, comme la course à pied. On nous a dit que la course à pied endommageait les genoux et menaient à l’arthrose. Notre compréhension de l’arthrose du genou a considérablement évolué au fil des ans. Nous savons maintenant que l’arthrose du genou est plus qu’une simple conséquence du vieillissement (c’est-à-dire « l’usure »). Il s’agit d’une atteinte complexe et multifactorielle qui affecte l’ensemble de l’articulation, et pas seulement le cartilage articulaire. Nous savons également que la présence de douleur ne signifie pas nécessairement qu’il y a des lésions tissulaires, en particulier dans une atteinte chronique comme l’arthrose du genou. Par conséquent, la douleur ressentie par le patient peut être une indication que le genou est plus « sensibilisé » et doit être utilisée pour guider la sélection et la posologie des exercices, mais pas les limiter. Nous n’avons également plus besoin de vilipender la course. Les preuves actuelles suggèrent que non seulement les coureurs récréatifs n’ont pas un risque accru de développer de l’arthrose du genou, mais que la course peut même avoir un effet protecteur! Passons en revue certaines de ces évidences:

 

Chakravarty et al., 2008 

Cette étude prospective a monitoré, avec des radiographies du genou de 1984 à 2002, 45 coureurs de longue distance et 53 sujets contrôlés avec un âge moyen de 58 ans (de 50 à 72 ans). En 1984, la prévalence de l’arthrose du genou chez les coureurs de longue distance était de 6,7% contre 0% chez les témoins. En 2002, la prévalence de l’arthrose du genou chez les coureurs de fond était alors de 20% chez les coureurs, contre 32% chez les témoins. Selon leurs modèles de régression, un IMC plus élevé initialement, des lésions radiographiques initiales et un délai plus long depuis la radiographie initiale se sont révélés être associés à une arthrose radiographique pire lors de l’évaluation finale. De plus, à la fin de l’étude, les coureurs n’avaient pas une prévalence d’arthrose plus élevée, ni plus de cas d’arthrose sévère que les témoins.

 

Alentorn-Geli et al., 2017 

Cette revue systématique avec méta-analyse a examiné 22 études regroupant plus de 100 000 participants. La prévalence de l’arthrose de la hanche et du genou était de 10% chez les témoins / non-coureurs, de 3,5% chez les coureurs amateurs et de 13% chez les coureurs d’élite. Il est important de noter que les coureurs d’élite / de compétition représentaient des coureurs qui étaient des athlètes professionnels, d’élite ou ex-élite, ou des coureurs qui représentaient leur pays dans des compétitions internationales. Ces individus constituent un petit sous-ensemble de la population des coureurs et ne sont pas représentatifs du reste de la population. Ce qui est le plus important à retenir de cette étude, c’est que l’arthrose du genou est trois fois moins probable chez les coureurs récréatifs (qui représentent une bonne partie de la population des coureurs) par rapport aux sédentaires non coureurs. Cependant, un dosage approprié de la course peut être un facteur important, étant donné que les coureurs compétitifs de haut niveau sont plus susceptibles de souffrir d’arthrose du genou que les coureurs récréatifs.

Timmins et al., 2017

Cette revue systématique avec méta-analyse de 15 études visait à déterminer l’association entre la course à pied et le développement de l’arthrose du genou. Leurs résultats ont démontré que la course à pied peut avoir un effet protecteur, réduisant de 54% les risques de chirurgie due à l’arthrose du genou!

 

Rhim et al., 2019

Le but de cet article était d’évaluer tout changement dégénératif des genoux et de la colonne vertébrale de six coureurs récréatifs (âgés de 56 à 70 ans) ayant complété au moins 1000 marathons. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) des genoux et de la colonne des six coureurs a été réalisée avec un scanner RM de 1,5 T. Les structures anatomiques de l’articulation du genou, y compris le ménisque, la moelle osseuse, le cartilage, les ligaments et l’épanchement articulaire ont été examinées, ainsi que d’autres anomalies. L’alignement vertébral, le changement dégénératif du disque intervertébral, l’hernie discale intervertébrale, l’arthrose de l’articulation facettaire, des ostéophytes dégénératifs antérieurs / latéraux et d’autres anomalies ont été évalués.

Les résultats de cette étude étaient les suivants: un coureur a montré une dégénérescence au niveau du ménisque, tandis que trois coureurs avaient des lésions cartilagineuses. Cependant, aucun des six coureurs n’a montré de signes radiologiques d’arthrose du genou. Les six coureurs ont démontré des changements dégénératifs dans les disques intervertébraux de la colonne vertébrale. En raison de la conception de cette étude, il est impossible d’attribuer les changements dégénératifs de la colonne vertébrale observés à l’IRM à la course, car d’autres facteurs importants tels que le vieillissement pourraient également expliquer ces résultats, en particulier compte tenu qu’environ 80 à 93% des individus asymptomatiques entre les les âges de 50 et 70 ans présentent des changements dégénératifs de la colonne vertébrale (Brinjikji et al., 2015).

Bien que la taille de l’échantillon de cette étude soit limitée (n = 6 participants), ces résultats remettraient en question la croyance populaire selon laquelle l’arthrose du genou est causée par l’usure de l’articulation du genou. On pourrait être tenté de penser que des individus plus actifs (c’est-à-dire des individus avec un plus grand nombre de cycles de charge) auraient une incidence plus élevée d’arthrose du genou par rapport à leurs homologues moins actifs. Ce n’est simplement pas le cas!

 

Implications cliniques

De manière générale, nos patients ne doivent pas être dissuadés de courir. Avant tout, la course à pied est bénéfique pour la santé globale. Deuxièmement, la course à pied a un effet positif sur l’articulation du genou lorsque la charge appliquée est appropriée. Ces avantages comprennent, sans s’y limiter, une augmentation de la densité minérale osseuse, une augmentation de la capacité des muscles, une diminution de l’inflammation de l’articulation du genou et un cartilage plus résistant. Troisièmement, les coureurs récréatifs ne semblent pas avoir un risque accru de développer l’arthrose du genou et la course peut même avoir un effet protecteur. Cependant, il peut y avoir des considérations spéciales qui doivent être prises pour les coureurs récréatifs souffrant d’arthrose du genou. Par exemple, les coureurs récréatifs souffrant d’arthrose du genou peuvent avoir besoin de plus de temps pour récupérer après une course. Idéalement, la course ne devrait pas aggraver la raideur et l’enflure du matin, ni augmenter considérablement la douleur pendant une période prolongée après une course. Par conséquent, les coureurs souffrant d’arthrose du genou peuvent également envisager de régler l’entraînement en fonction des symptômes (par exemple, courir sur des distances plus courtes ou courir un peu plus lentement). Si cela ne suffit toujours pas, le patient peut essayer d’autres activités provoquant moins de symptômes pour augmenter la tolérance à la charge, avant de recommencer. Il est important de souligner que ces recommandations reposent principalement sur le consensus d’experts, car il existe un nombre limité de preuves empiriques disponibles pour guider les recommandations cliniques.

 

Je voudrais conclure en reconnaissant que nous sommes loin d’avoir toutes les réponses. La recherche examinant les effets de la course à pied comme intervention chez les patients souffrant d’arthrose du genou est très limitée. Promouvoir la course à pied chez les personnes souffrant d’arthrose préexistante du genou qui n’ont jamais couru auparavant peut avoir des conséquences inconnues. La course semble avoir un effet protecteur sur l’arthrose du genou, mais nous ne pouvons pas dire avec certitude comment un non-coureur avec une arthrose préexistante du genou réagirait à court ou à long terme. Existe-t-il un sous-ensemble de patients atteints d’arthrose du genou qui réagiraient bien ou mal à la course? Les patients ayant subi une arthroplastie unicompartimentale ou totale du genou peuvent-ils et doivent-ils courir? Serait-ce mal avisé? Nous ne savons tout simplement pas, du moins, pour le moment. Ce que nous savons, cependant, c’est que la course récréative n’augmente pas le risque de développer de l’arthrose du genou et ne doit pas être découragée ou vilipendée comme mode d’exercice simplement parce qu’elle est considérée « à impact élevé ».

Références

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