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Entorse à la cheville : Qu’évaluez-vous vraiment?

Pour traiter de manière adéquate les entorses à la cheville et diminuer le risque de récidive, il est très important de bien identifier les déficits présents et de pouvoir effectuer un suivi avec des mesures fiables dans le temps. 

Par Michael Bertrand-Charrette, pht, MSc, Candidat au PhD

Les entorses à la cheville font partie des atteintes musculosquelettiques les plus fréquentes [1–3]. Bien que plusieurs personnes retrouvent rapidement leur fonction, beaucoup resteront avec des déficits les mettant à risque de se refaire une entorse de cheville. En effet, jusqu’à 33% des personnes vont rapporter une sensation d’instabilité à leur cheville et cette sensation peut durer jusqu’à 3 ans postentorse avant de ne plus être perçue [4]. De plus, cette atteinte périphérique semble même avoir un effet plus central, car même le côté « sain » démontre une diminution de performance lors de l’évaluation bilatérale postentorse à l’aide d’un test de référence [5]. Pour traiter de manière adéquate ces entorses et diminuer le risque de récidive, il est donc de la plus grande importance de bien identifier les déficits présents et de pouvoir effectuer un suivi avec des mesures fiables dans le temps. 

Cependant, quel est le meilleur test pour effectuer ce suivi et qu’évalue-t-il vraiment? 

Pour répondre à cette première question, il suffit de fouiller brièvement dans la littérature scientifique. On en vient rapidement à la conclusion que plusieurs revues systématiques ont établi que le Star Excursion Balance Test (SEBT) est un test valide (qu’il mesure vraiment l’instabilité à la cheville) et fidèle (qu’il est majoritairement exempt d’erreurs de mesure pouvant affecter les résultats) [6–10]. Bref, le SEBT permet de discriminer si une cheville est stable ou non. De plus, c’est un test relativement facile à utiliser qui requiert peu de matériel et qui ne demande pas une formation très poussée. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce test, il s’agit de placer des rubans à mesurer au sol en forme d’étoile à huit branches et de demander au patient de se tenir en équilibre sur le pied à évaluer dans le centre de cette étoile. Le patient doit alors atteindre avec l’autre membre inférieur la distance la plus grande sur chaque ruban à mesurer formant l’étoile [11,12]. Une version abrégée du test existe aussi et semble avoir des propriétés métrologiques similaires au SEBT [13].

Pour la deuxième question, c’est un peu moins clair. En effet, il est bien connu que la proprioception est diminuée suite à une entorse de cheville [14–16]. Mais savons-nous vraiment ce qu’est la « proprioception » ? Si vous le demandez à vos collègues, il y a de fortes chances que certains vous répondent : « Oui! Bien sûr ». Par contre, il y a fort à parier qu’ils associent « proprioception » à des déficits retrouvés autant pour une simple entorse de cheville de grade I que pour des déficits secondaires à un AVC cérébelleux. Certains trouveront que j’exagère, d’autres seront probablement d’accord avec moi. 

Nous allons donc définir ce terme. La proprioception est un ensemble de sens incluant:

À voir cette définition, il n’est pas surprenant que certains cliniciens et chercheurs soient tentés de l’utiliser à toutes les sauces. De plus, la proprioception implique plusieurs récepteurs sensoriels, les propriocepteurs, qu’on retrouve un peu partout (par exemple dans les muscles, les tendons, les fascias, les capsules articulaires, les ligaments et dans la peau autour des articulations) [18,19]. Maintenant que nous avons une définition commune de ce qu’est la proprioception, pouvons-nous encore affirmer que le SEBT évalue seulement la proprioception de la cheville? Si on analyse le test, on remarque qu’il va effectivement nécessiter de l’information provenant des propriocepteurs autour de la cheville. Par contre, le SEBT va au-delà de ça, en impliquant le genou, la hanche, les stabilisateurs, etc., en demandant une coordination de toutes ces articulations et des muscles impliqués d’une manière précise. Tout cela dans le but d’atteindre la plus grande distance sur une étoile en ruban à mesurer. 

Si cette évaluation de la performance durant un mouvement fonctionnel, nécessitant une intégration précise des informations provenant des différents récepteurs sensoriels dans le but de planifier un mouvement et son exécution [10], n’est pas de la proprioception à proprement dit, alors de quoi s’agit-il? C’est ici que nous allons introduire le concept de contrôle moteur. Le contrôle moteur est l’habileté à réguler ou à contrôler les mécanismes essentiels au mouvement [20]. Cela implique donc de voir le mouvement en tant qu’interaction entre l’individu, la tâche et l’environnement.

À la lumière de ces informations, il est donc important comme cliniciens d’utiliser les bons termes pour décrire les déficits observés lors de l’évaluation initiale d’un patient et d’utiliser les tests appropriés pour évaluer ces déficits. D’un côté il est possible de vouloir évaluer un déficit en somatosensation, c’est-à-dire une composante de la proprioception impliquant la détection ou la reproduction d’un mouvement en utilisant les informations provenant des propriocepteurs [10]. D’un autre côté, il est possible de vouloir évaluer la fonction plus globale chez notre patient pour refléter son contrôle moteur et son traitement somatosensoriel durant une tâche fonctionnelle [10]. 

Pour aider les cliniciens dans leur processus de décision clinique quant au choix d’un test, une classification des tests de proprioception a été proposée dans une revue systématique pour identifier rapidement ce qui est évalué par un test [10].

Les résultats de la revue systématique suggèrent d’utiliser le SEBT pour évaluer le contrôle moteur d’un patient suite à une entorse. En effet, le test est valide, fidèle et sensible au changement. Par contre, si un physiothérapeute veut spécifiquement évaluer la somatosensation, il serait alors plus intéressant d’utiliser le Joint Position Sense (reconnaissance d’une position de la cheville suite à un mouvement passif; voir Boyle & Negus 1998 [14] pour plus d’informations).

En conclusion, il est important est de bien identifier la déficience principale (somatosensation ou contrôle moteur) de votre patient. En effet, cela guidera votre choix de test pour assurer un suivi adéquat et déterminer les interventions appropriées pour optimiser la réadaptation de votre patient. Par la suite, c’est à vous que revient le devoir d’utiliser une terminologie précise pour vos dossiers et les échanges avec vos pairs. Cela vous assurera une réelle compréhension du cas auquel vous faites référence et donnera un portrait clinique plus fidèle de votre patient. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter la revue systématique complète en accès libre dans le BMJ Open Sport & Exercise Medicine [10].

Références

  1. Davidson PL, Chalmers DJ, Wilson BD, McBride D. Lower limb injuries in New Zealand Defence Force personnel: descriptive epidemiology. Aust N Z J Public Health. 2008;32:167‑73. 
  2. Doherty C, Delahunt E, Caulfield B, Hertel J, Ryan J, Bleakley C. The incidence and prevalence of ankle sprain injury: a systematic review and meta-analysis of prospective epidemiological studies. Sports Med Auckl NZ. 2014;44:123‑40. 
  3. Fong DT-P, Hong Y, Chan L-K, Yung PS-H, Chan K-M. A systematic review on ankle injury and ankle sprain in sports. Sports Med Auckl NZ. 2007;37:73‑94. 
  4. Rijn RM, Os AG, Bernsen RMD, Luijsterburg PA, Koes BW, Bierma-Zeinstra SMA. What is the clinical course of acute ankle sprains? A systematic literature review. Am J Med. 2008;121:324-331.e6. 
  5. Bastien M., Moffet H., Bouyer L.J., Perron M., Hébert L.J., Leblond J. Alteration in global motor strategy following lateral ankle sprain. BMC Musculoskelet Disord [Internet]. 2014;15. Disponible sur: http://www.embase.com/search/results?subaction=viewrecord&from=export&id=L602630477
  6. Munn J, Sullivan SJ, Schneiders AG. Evidence of sensorimotor deficits in functional ankle instability: a systematic review with meta-analysis. J Sci Med Sport. 2010;13:2‑12. 
  7. Gribble PA, Hertel J, Plisky P. Using the Star Excursion Balance Test to Assess Dynamic Postural-Control Deficits and Outcomes in Lower Extremity Injury: A Literature and Systematic Review. J Athl Train Allen Press. 2012;47:339‑57. 
  8. Hegedus EJ, McDonough SM, Bleakley C, Baxter D, Cook CE. Clinician-friendly lower extremity physical performance tests in athletes: a systematic review of measurement properties and correlation with injury. Part 2–the tests for the hip, thigh, foot and ankle including the star excursion balance test. Br J Sports Med. 2015;49:649‑56. 
  9. Rosen A.B., Needle A.R., Ko J. Ability of Functional Performance Tests to Identify Individuals With Chronic Ankle Instability: A Systematic Review With Meta-Analysis. Clin J Sport Med Off J Can Acad Sport Med. 2019;29:509‑22. 
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  11. Olmsted LC, Carcia CR, Hertel J, Shultz SJ. Efficacy of the Star Excursion Balance Tests in Detecting Reach Deficits in Subjects With Chronic Ankle Instability. J Athl Train. 2002;37:5016. 
  12. Plisky PJ, Gorman PP, Butler RJ, Kiesel KB, Underwood FB, Elkins B. The reliability of an instrumented device for measuring components of the star excursion balance test. North Am J Sports Phys Ther NAJSPT. 2009;4:929. 
  13. Hertel J, Braham RA, Hale SA, Olmsted-Kramer LC. Simplifying the star excursion balance test: analyses of subjects with and without chronic ankle instability. J Orthop Sports Phys Ther. 2006;36:1317. 
  14. Boyle J, Negus V. Joint position sense in the recurrently sprained ankle. Aust J Physiother. 1998;44:15963. 
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